Port au Prince, le 25 avril 2010,
Chers amis,
Voici enfin quelques nouvelles après plusieurs semaines de silence mais d’intenses activités.
Après 3 longs mois passés en évacuation à Bruxelles suite au séisme, nous avons enfin pu nous rapprocher d’Haïti en nous installant le 12 avril de l’autre côté de l’île, à Santo Domingo, en République Dominicaine. Ce passage par Santo Domingo nous permet, à Johann et moi, de garder à l'abri nos trois enfants, Helia, Soline et Maxime, et de nous rendre à Port au Prince en alternance, une semaine sur deux, pour poursuivre nos activités professionnelles et prêter main forte à nos amis haïtiens.
Une semaine après notre installation à Santo Domingo, je découvre donc de visu les conséquences des 35 secondes qui ont détruit Port au Prince. De l’avion des Nations Unies qui me mène à Port au Prince, j'aperçois les dizaines de camps aux bâches colorées parsemant ça et là les abords de la ville puis le plein centre de celle-ci.
Le paysage au sol est désolant : des bâtiments écrasés, des tentes partout sur les places publiques, dans les petits parcs, dans les jardins, ou au beau milieu des rues. S’activant autour de cela, des camions qui emportent les gravats collectés par les travailleurs rémunérés par les agences de coopération internationale.
Ci-dessous une photo de ce qui reste de l'immeuble dans lequel nous avons habité pendant 4 mois à notre arrivée à Port au Prince,...nous vivions au 5ème étage de cet immeuble de 7 étages dont il ne reste à présent que cet amas de béton et de ferraille. Entre autres morts, ont été retrouvés sous les décombres un canadien tenant ses deux petites filles dans ses bras...la maman était chez le pédiatre avec son bébé,...Pénible rappel de la chance exceptionnelle que nous avons eu d'échapper à la catastrophe.
Quelques heures passées à Port au Prince suffisent pour ressentir le désarroi dans lequel se trouvent les populations : ceux dont on avait vanté l’impressionnante solidarité et la volonté de se relever de la catastrophe sont à présent découragés par la lenteur des interventions qui leur permettraient d'améliorer leur sort. La période d’urgence passée, l’aide à la reconstruction ne semble par leur arriver. Tous accusent le gouvernement haïtien. Les millions sont là mais aucun plan de reconstruction précis ne sort des ministères concernés. La communauté internationale est en attente d’instructions et poursuit, comme elle le peut, ses interventions en s’efforçant de coordonner ses actions avec les autres bailleurs.
Notre intervention sur les 25 familles de l’Habitation H prend forme lentement,... Les bénéficiaires ont été mobilisés, de nombreux contacts ont été pris avec divers constructeurs locaux et ONG afin de trouver la meilleure option de construction mais la question l’achat de terrain n’est toujours pas réglée. Les prix ont flambé depuis le séisme et il nous est demandé plus de 75000 pour la surface dont nous avons besoin. Le but n'étant pas d'enrichir les nantis, nous cherchons donc ardemment un terrain à un prix raisonnable.
Plusieurs personnes nous ont conseillé, pour accélérer le rythme de mise en oeuvre, de faire confiance aux familles et de leur donner l’argent en cash pour reconstruire leurs maisons. Voilà un point sur lequel nous n'avons pas l’intention de transiger : pas question de financer la reconstruction de maisons à flanc de colline, sur des terrains friables et non connectés à l’eau, aux égouts et à l’électricité. Reconstruire dans les mêmes conditions n’a aucun sens. Nous devons trouver un terrain sain avant de nous attaquer à la reconstruction des maisons. Nos bénéficiaires y travaillent sans relâche.